« Débat d'orientation budgétaire : la dette, le FMI et la souveraineté monétaire doivent être au cœur » (FRAPP)

Mardi 30 Juin 2026

Le ministre Cheikh Diba

« Ce mardi, l'Assemblée nationale tient le Débat d'orientation budgétaire (DOB) sur la base du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029. Ce rendez-vous est loin d'être une simple formalité. Il constitue une étape majeure du processus qui conduira à l'élaboration et à l'adoption de la loi de finances 2027. C'est donc un moment important pour débattre des orientations économiques et budgétaires qui engageront l'avenir du pays.

 

Le DPBEP annonce qu'un projet de loi de finances rectificative (PLFR) sera prochainement soumis à l'Assemblée nationale. Le FRAPP ne se prononcera pas encore sur son contenu. En revanche, nous tenons à rappeler que cette situation était parfaitement prévisible. Lors des débats sur le projet de loi de finances initiale (PLFI) 2026, nous avions averti que les hypothèses retenues par le Gouvernement étaient beaucoup trop optimistes et ne reposaient sur aucune rigueur méthodologique sérieuse. Nous avions clairement indiqué qu'un PLFR deviendrait inévitable. Les faits nous donnent aujourd'hui raison.

 

Le DPBEP confirme également une autre analyse du FRAPP. L'année dernière, nous avions démontré qu'il serait impossible pour le Sénégal de ramener son déficit budgétaire à 3 % du PIB dès 2027, contrairement aux engagements affichés dans le précédent document de programmation. Aujourd'hui, le Gouvernement reporte lui-même cette échéance à 2029.

 

Mais le véritable débat n'est pas celui du calendrier. Il est celui de la pertinence même de cet objectif. Le FRAPP continue de dire au Gouvernement que le Sénégal ne doit pas ériger en boussole un ratio budgétaire qui n'a aucun fondement scientifique et qui est issu d'une vision orthodoxe héritée de la République française. Courir derrière ce chiffre au détriment des besoins des populations reviendrait à sacrifier les investissements indispensables dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de l'agriculture, des transports, de l'emploi et des infrastructures sociales. La priorité doit être la satisfaction des besoins des sénégalaises et des sénégalais , et non le respect aveugle d'un indicateur technocratique.

 

Le DPBEP met également en évidence le poids écrasant de la dette publique. Entre 2027 et 2029, le Sénégal devra rembourser 18 709,7 milliards de FCFA au titre du service de la dette, soit plus de 17 milliards de FCFA chaque jour schématiquement . Ces chiffres illustrent à eux seuls l'ampleur du problème. Ils expliquent pourquoi les investissements publics n'augmenteraient en moyenne que d'environ 170 milliards de FCFA par an sur cette période. Autrement dit, une part considérable des ressources publiques servira à rembourser les créanciers plutôt qu'à financer les politiques publiques attendues par les populations. La dette est devenue un véritable obstacle au développement du Sénégal.

 

Le FRAPP est également préoccupé par le fait que le Gouvernement continue de construire sa stratégie de financement sur l'hypothèse d'un accord avec le Fonds monétaire international, avec un partage de 50 % de ressources internes et 50 % de ressources extérieures.

 

Cette stratégie repose sur une illusion.

 

Depuis 2024, le FMI ne cesse de multiplier les reports et les nouvelles exigences. À chaque fois qu'une condition semble satisfaite, une autre apparaît. La dernière en date consiste à exiger que l'audit de la dette publique soit confié à une entreprise privée internationale.

 

Le FRAPP considère que ce dilatoire n'est pas anodin. Tout laisse penser que le FMI prépare progressivement le terrain pour imposer sa solution habituelle : la restructuration de la dette publique.

 

Le FRAPP interpelle solennellement le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Le peuple sénégalais ne saurait être pris en otage ni faire l'objet d'un quelconque chantage par les partenaires techniques et financiers destiné à faire accepter une restructuration de la dette pilotée par le FMI. Une telle décision engagerait durablement l'avenir économique et social du Sénégal et ne peut être prise sous la pression d'une institution financière internationale.

 

Le Chef de l'État a été élu sur la promesse de défendre la souveraineté nationale. Cette souveraineté doit également s'exercer dans la conduite de notre politique d'endettement. Nous lui demandons de rejeter toute restructuration imposée de l'extérieur et de ne pas faire payer au peuple sénégalais les conséquences de politiques dont il n'est pas responsable.

 

Au lieu de s'engager dans cette voie, les autorités publiques doivent enfin prendre le temps d'examiner sérieusement les propositions formulées par le FRAPP depuis 2025, notamment la mise en œuvre d'un audit citoyen de la dette publique couvrant la période 2012-2024. Les Sénégalais ont le droit de connaître la vérité sur cette dette, d'identifier les responsabilités, de déterminer les dettes odieuses et de définir, en toute transparence, une stratégie souveraine permettant de sortir durablement du piège de l'endettement. C'est à cette condition que notre pays pourra dégager les marges nécessaires pour financer des investissements publics massifs au service des populations.

 

Le DPBEP passe également sous silence une question pourtant essentielle à savoir la monnaie.

 

Le document ne fait aucune référence au projet de monnaie unique de la CEDEAO, alors que la dernière échéance annoncée demeure 2027. Ce silence est incompréhensible.

 

Le Président de la République a pourtant été élu sur la base d'un projet affirmant clairement que si la monnaie unique de la CEDEAO n'aboutissait pas, d'autres alternatives listées seraient envisagées afin de garantir la souveraineté monétaire du Sénégal.

 

Le Débat d'orientation budgétaire doit être l'occasion pour le Gouvernement de dire clairement au peuple sénégalais où en est le projet ECO. Les députés doivent exiger un état d'avancement précis. Si le projet est bloqué, il faut en informer les Sénégalais. Si d'autres options sont désormais envisagées, elles doivent être présentées. La souveraineté monétaire ne peut rester une promesse sans calendrier ni perspectives.

 

Le FRAPP appelle enfin les députés à faire de ce Débat d'orientation budgétaire un véritable moment de contrôle démocratique et de confrontation des choix économiques. Les débats doivent porter sur les véritables enjeux qui détermineront l'avenir du Sénégal.

 

Le Sénégal a besoin d'une politique économique pensée pour son peuple et non d'une politique dictée par les créanciers internationaux ou par des normes technocratiques déconnectées des réalités nationales. »

 

Fait à Dakar, le 29 juin 2026.

Le secrétariat exécutif national.

 
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